C’est quoi la bioéthique en Afrique? 
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Qu'est-ce que la bioéthique?

 

Le terme « bioéthique » est forgé par un oncologue américain Van Rensselaer POTTER. Celui-ci publie en 1970 un article « Bioethics, the science of survival » qu’il intègre dans son livre : Bioethics, Bridge to the future (1971). Ce premier usage du mot renvoie à une vue positive du progrès scientifique et technique tout en soulignant vigoureusement la nécessité de l’accompagner par une réflexion éthique prenant explicitement en compte les valeurs et la totalité (la société globale et la nature, la biosphère). 

 

Dans sa visée, POTTER écrit que ‘la Bioéthique devrait s’efforcer d’engendrer une sagesse relative à la manière d’utiliser le savoir en vue du bien social, sur la base d’une connaissance réaliste de la nature biologique de l’homme et du monde biologique.

La préhistoire proche de la Bioéthique renvoie au Code  de Nuremberg (1946-47) qui définit les conditions de l’expérimentation humaine, dans l’esprit qui est aussi de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948).

C’est au cours des années 1970 que sont créés, toujours aux Etats-Unis, les premiers grands centres de bioéthique en même temps que sont établies les premières commissions d’éthique au plan national. Ces entreprises débouchèrent sur la première encyclopédie bioéthique et sur le Rapport Belmont qui formule les bases du principlisme (principlism).

C’est en 1976 que Joseph Fletcher dans une allocution prononcée à la Faculté de Médecine de l’Université du Minnesota aurait utilisé pour la première fois l’expression d’”éthique clinique” pour designer  la pratique de la décision clinique en situation problématique au plan moral: “ une pratique devant certes s’aligner sur des lignes directrices mais avant tout se fonder sur la spécificité de la situation du patient”.

Délimitation thématique

L’étendue de la Bioéthique est immense. Toute fois, son champ d’action peut se résumer en ces trois grands ensembles suivants :

  • Du côté de la nature : espèces et écosystèmes détruits, menacés, perturbés ; biodiversité ; expérimentation sur les animaux ; droits des animaux ; déséquilibres de la biosphère ; pollutions, couche d’ozone dégradée, etc. Toutes ces questions concernent aussi les humains à des degrés divers, certainement directement, par exemple : aliments génétiquement modifiés.
  • Au plan des personnes : médecine de convenance (de confort, du  désir) ; procréation médicalement assistée (de la contraception au clonage) ; expérimentation humaine ; euthanasie, soins palliatifs ; transplantation d’organes, etc. Toutes ces questions rebondissent à des degrés divers si on les aborde du point de vue social.
  • Au plan social (et politique, juridique, économique): politique de la santé et allocation de ressources limitées ; analyse et gestion de la perception publique des problèmes, des risques et des promesses ; légiférer ou non sur des questions relevant aussi de la conscience individuelle dans une société pluraliste (depuis les décisions procréatives aux choix de fin de vie) ; Tiers-monde, inégalité biomédicale planétaire, égalités des sexes, libertés individuelles ...

La Bioéthique a pour mission d’étudier toutes ces questions et d’élaborer sinon des réponses, au moins des procédures permettant d’apporter des réponses.

Recherche méthodologique

La Bioéthique est multi- et inter-disciplinaire ; elle a été créée et s’est développée sous l’impulsion de médecins, de biologistes, de théologiens, de philosophes, de juristes, de psychologues,…mais aussi plus récemment de sociologues, des anthropologues, de politologues, d’économistes… Cette situation pose des problèmes méthodologiques difficiles.

La première exigence méthodologique – la plus importante – consiste à ne pas ignorer la complexité qui est  caractérisée par le double impératif de l’approche pluridisciplinaire et pluraliste des problèmes. Le respect de la pluridisciplinarité consiste d’abord dans le respect de la méthodologie propre à chaque discipline et dans le recours à des experts invités à présenter les faits, les problèmes et, éventuellement, les solutions, tels qu’ils apparaissent de l’intérieur de chacune des disciplines convoquées.  Le respect du pluralisme s’entend en un double sens ; Il y a d’abord le pluralisme classique : celui des diverses idéologies, philosophies, religions, traditions morales, présentes dans les sociétés démocratiques ; et d’autre part, un pluralisme des associations d’intérêts, des ONG, des groupes de pressions ou « lobbies ».

La deuxième exigence méthodologique de base est de prendre en compte l’évolution. Car la complexité qu’il s’agit de comprendre et de gérer n’est pas simplement structurelle et synchronique ; elle est processuelle et diachronique. Les sociétés modernes sont évolutives ; un moteur de leur dynamisme est la Recherche et le Développement techno-scientifique qui ne cesse de découvrir - inventer des produits, des procédures et des systèmes susceptibles d’affecter en profondeur les mœurs, les rapports de l’individu à soi-même, à l’autre, au groupe, bref l’identité personnelle et le tissu socio-politique. La Bioéthique exprime une évolution suivant laquelle de plus en plus d’acteurs et d’intéressés non médecins ont leur mot à dire sur la « chose médicale » en raison de la portée croissante de celle-ci pour l’individu et pour la société.

 

 

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